Un point qui ne sera jamais final!
24082008Tel que je l’avais promis à plusieurs d’entre vous, voici l’article final de ce blog sur mon expérience de vie au Sénégal. On dirait que ce séjour en terre africaine remonte à une autre vie, tellement il s’est passé d’événements depuis mon retour au Québec. En effet, moins d’une dizaine de jours après ce retour, je suis reparti pendant 3 semaines en Asie pour visiter le Japon,
la Chine et
la Thailande, avec un ami de l’université. De Kissane à Tokyo, cette ville si riche et imposante, il semble que j’aie vécu deux extrêmes. Puis, il y a eu cette fameuse rentrée à l’université. Après un an d’année préparatoire au programme de médecine, me voici maintenant qui entame vraiment ce domaine d’études. Après une seule semaine de cours et d’activités d’initiation, je peux vous confirmer que cette année sera fort différente de la dernière en termes de responsabilités et de charge de travail.
Pourquoi ai-je tardé autant avant de rédiger cet article? La vérité est que j’attendais d’avoir atteint un certain état d’esprit. Je voulais avoir eu le temps d’assimiler tous ces apprentissages, conscients et inconscients, et en dresser une synthèse qui me servirait de point d’ancrage dans la continuité de ma vie au Québec. Le Sénégal m’a transformé et j’en suis conscient. Cependant, transformation ne rime pas toujours avec différence. On peut être transformé en étant tout simplement convaincu davantage dans ses principes et acquis de conscience. Je crois que c’est précisément ce que j’ai eu la chance de vivre. Une mise au point de mon humanisme, de ma considération de l’autre et de ma compréhension du monde dans lequel nous évoluons. Bien que je réfléchisse sans cesse à mon expérience sénégalaise, je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment fait le point sur celle-ci. J’ai porté cet ‘échec’ – le mot est probablement trop fort mais je suis persuadé que vous en percevez le sens réel – au compte de ma projection immédiate dans un monde complètement autre, celui de l’Asie, quelques jours seulement après le retour à ma réalité pré-Sénégal. Bien que j’aie fort apprécié ce second voyage, j’ai eu l’impression de m’y précipiter alors que je sentais bien qu’il y avait quelque chose d’inaccompli. J’ai donc décidé de mettre mes réflexions en mode ‘pause’ en me jurant qu’elles se continueraient à mon retour au Canada. Cependant, échappant à tout contrôle rationnel, je me suis vu d’emblée confronté à certaines oppositions dans mon fameux rêve d’un monde juste et égal, que ce soit au niveau strictement matériel en percevant la richesse des Tokyoïtes, ou encore au niveau plus viscéral d’une société en apercevant les tristes et jeunes prostituées thaïlandaises aux bras de fiers vieillards étrangers. Malgré tout, même si je suis tout à fait en désaccord par rapport à des comportements comme ce dernier, j’ai compris et assimilé le fait que chaque société se développe comme elle le peut, encastrée dans ce cadre que lui fournissent son Histoire, sa situation géographique et une multitude d’autres facteurs. Chaque société est différente et possède ses vices et ses forces. On ne peut porter de jugement sur celle-ci, quelle qu’elle soit, sans en avoir ressenti les ramifications en son for intérieur et il n’en existe pas une plus avancée ou plus évoluée qu’une autre. Le sens péjoratif utilisé avec idiotie et sans considération de mots tels que ‘barbare’, ‘tribal’ et ‘primitif’ est inadmissible, alors que des concepts dénotant une quelconque supériorité comme ‘l’élitisme’, ‘la haute classe’ ou même ‘l’aristocratie’ ne servent que d’excuse à ces êtres malheureux qui ont le besoin égoïste de se sentir au-dessus de leurs égaux. Avant l’été qui vient de passer, j’aurais pu élaborer de telles pensées puisqu’elles concordent à mon système de valeurs établi à ce moment de mon existence, mais les séjours au Sénégal et en Asie m’en ont fourni une confirmation, l’en ont exemptée de tout doute. Savoir et vivre quelque chose sont deux notions bien différentes dans leur application mais aussi dans leurs répercussions. Le savoir nous permet de percevoir un monde en nous basant sur notre foi en les découvertes, les dires et les idées d’autrui, alors que le vivre nous implique directement dans le processus de connaissance. À moins de croire qu’on a sous-estimé notre imagination, comment peut-on douter d’assimilation d’un concept par nos propres sens et par notre esprit? Bref, je me considère extrêmement chanceux d’avoir pu vivre cette expérience sénégalaise pour mieux comprendre une infime parcelle de l’humanité d’aujourd’hui et d’hier.
Donc, encore une fois, bien que j’aie eu du temps pour reconsidérer les apprentissages inculqués à Kissane, je n’ai pas l’impression d’avoir su conclure, d’avoir relégué cette expérience au département des mémoires de mon cerveau. Mais depuis un moment, une autre idée m’est venue en tête. Et s’il n’y avait pas de trait final à tracer? Et si le Sénégal et ses habitants continuaient de me transformer malgré tout ce que j’ai vécu depuis nos ‘au revoir’? Et si mes acquis sénégalais se réitéraient dans mon quotidien? Je crois mieux comprendre les sages écrits de Michel Corbeil, l’initiateur de l’organisme Mer et monde, qui vont comme suit : ‘[…] on ne revient jamais complètement d’un tel séjour, on ne revient certainement pas tel qu’on était parti.’ Les réminiscences du Sénégal ne sont pas de l’ordre de simples visages qui nous viennent et reviennent à l’esprit. Je pense souvent à mon grand ami Djiby à chaque fois que j’effleure sa bague que je porte à mon doigt, au gigantesque sourire de mon petit frère Omar à chaque fois que j’ouvrais le rideau de ma porte de chambre le matin, à Idrissa losque je conduis une voiture comme il le fait dans son boulot dans la grande ville de Thiès ou encore à Rokhaya, Salimata et Aminata quand j’aperçois quelqu’un aux talents évidents en danse. Mais je ne pensais pas que ces petites scènes spontanées se traduiraient en un tout qui transparaît dans ma manière de penser et dans les actions que je pose et qui en résultent. Voilà comment ces gens si généreux m’ont transformé. Ils m’ont offert leur bagage de vie à travers nos nombreux échanges et j’ai pu en soutirer plusieurs aspects dignes de leur simplicité, de leur grandeur d’âme et de leur dévotion à autrui. Maintenant, c’est à moi de faire rayonner leurs vénérables qualités dans mon milieu d’action et dans mon entourage. Inconsciemment, j’ai signé un contrat qui m’engagerait pour le reste de mes jours dans la dimension de l’être. L’avoir et le paraître sont ici incohérents. Cette différence, sans doute ni vous ni moi ne la percevrons concrètement, puisqu’elle se réalise dans l’inconscient et se révèle à travers l’ensemble de ce que je suis donc, par intérim, de ce que je fais et pense.
En pratique, le bilan de mon séjour au Sénégal est positif sur toute la ligne. Mes apprentissages plus concrets sont nombreux. Au point de vue médical, j’ai eu la chance de travailler avec l’infirmière en chef du poste de santé de Kissane, celle-ci m’ayant enseigné une plénitude de choses qui me seront certainement utiles dans mes études en médecine. Ainsi, j’ai pu faire des examens complets en clinique, vacciner des bébés âgés moins de 9 mois, changer des pansements, prendre la pression de plusieurs patients et assister à toutes les consultations. J’ai pu participer à une campagne de déparasitage dans plusieurs villages en distribuant des doses de vitamine C aux enfants de 5 ans et moins et en remettant gratuitement des moustiquaires imprégnées (pour vaincre le paludisme) à ceux-ci, accompagné de courageux agents de santé. J’ai pu prendre part aux stratégies avancées qui consiste à déplacer le personnel de notre poste de santé dans les petites cases de santé moins bien fournies en ressources médicales afin de desservir les habitants de communautés environnantes et de vacciner les enfants qui en font partie. J’ai eu la chance de sentir mon cœur s’emplir de cette sensation indescriptible qui nous comble lorsqu’on tient un nourrisson âgé de quelques heures. J’ai aussi pu connaître l’envers de la médaille en observant des mourants, des enfants aux ventres durs et remplis de vers, des bébés mal nutrits (du vocabulaire sénégalais : bébé n’ayant pas assez de nutriments et dont la vie est en danger) et en prenant connaissance de l’effroyable peur de la maladie qui assaille plusieurs sénégalais, puisque cette dernière est trop souvent synonyme de mort. Grâce à l’initiative des animateurs de Mer et Monde, j’ai même pu faire un stage d’observation d’une journée en bloc opératoire où je me suis promené entre le département de chirurgie orthopédique et celui d’oto-rhino-laryngologie. De plus, mon oncle – qui était agent de santé ambulant – m’a demandé de l’assister lors de la circoncision d’un jeune garçon de 5 ans. Bien que je n’aie pas réussi à rester à ses côtés pour tout le temps de l’opération (les pleurs et cris de l’enfant dont je devais tenir les bras et les mains, combinés à l’atmosphère étouffante et à mon estomac encore vide aussi tôt le matin, ont eu raison de moi), cette expérience marquera mon parcours professionnel. Je suis également heureux d’avoir pu créer et animer un groupe de discussion en éducation sexuelle avec une douzaine de jeunes hommes et de jeunes femmes âgés de 17 à 22 ans. Il a fallu que je travaille beaucoup pour percer la coquille des absolus que la religion islamique leur impose, mais je crois avoir réussi à leur fournir les explications nécessaires pour que moins d’incidents se produisent dans leur vie affective.
Bien que le domaine des soins de la santé fut mon principal champ d’action, les gens de mon milieu ont su m’intégrer dans plusieurs des tâches qui peuplent leur quotidien. De cette manière, j’ai appris à cultiver les champs à leur façon. En plusieurs étapes tout aussi éreintantes les unes que les autres, le processus d’agriculture en est un beaucoup plus complexe que je ne l’avais imaginé. Cette activité réalisée la majeure partie du temps avec mes frères, mes cousins et mes oncles sénégalais (et avec les femmes, lors des semences), s’effectuait dans une atmosphère bien spéciale. Qu’est-ce qui rendait ce climat de travail aussi caractéristique? Était-ce le fait de côtoyer ces personnes pour qui les grains de mil qui s’échappaient de leurs doigts usés par le travail représentaient la clé de la survie de leur communauté? Étaient-ce les chants typiques aux longues journées sous le cuisant soleil qu’entonnaient les travailleurs au rythme de leurs outils qui percutaient le sol sec? Étaient-ce nos sueurs qui se mêlaient dans cette terre généreuse au gré d’un travail qui nous unissait? Ou encore était-ce les sentiments d’accomplissement et de fierté qui nous animaient, alors que nous revenions ensemble à la concession, bras autour des épaules de chacun? Je ne saurais le dire. Cependant, j’aurai cette image d’ardents artisans de la terre gravée en mémoire pour le reste de ma vie. Donnez-moi un are de terrain fertile et les conditions appropriées et je saurai vous en faire sortir du mil blanc, du mil brun, des cacahuètes, du bissap, des bananiers et des manguiers à profusion! Finalement, je me suis vu attribuer plusieurs autres petites tâches, telles que l’aide aux devoirs des plus jeunes, la préparation aux examens des plus vieux, la construction de la base d’une hutte, l’élaboration de clôtures en tiges de mil, la déconstruction d’un toit, la préparation de quelques plats sénégalais, le lavage ‘à la sénégalaise’ de mes vêtements et de ceux de la famille, la création de pancartes de sensibilisation en santé, la mise sur pied d’activités de causerie en prévention médicale et j’en passe. À chaque fois que je le voulais, je pouvais trouver une nouvelle tâche à réaliser à quelques mètres d’où je me trouvais. Les Sénégalais n’arrêtent jamais de travailler!
Ce que je considère comme l’aspect le plus enrichissant de mon séjour au Sénégal, cependant, c’est ma vie en famille d’accueil. Au cœur d’une famille de 8 enfants, Seynabou et Djiby (mes parents sénégalais) m’ont traité comme l’un de leurs enfants. Ceci implique autant les bons repas de cette mère que ses claques en arrière de la tête! Je vous conterai cette anecdote de la claque avec plaisir si vous me le demandez! Chacun des enfants m’ont traité comme un frère, à leur façon. J’ai eu l’extrême chance d’assister aux premiers pas du cadet, Babacar, qui avait 1 an et demi. Celui-ci m’appelait à répétition par mon nom africain : Daouda. Il aimait bien voir le monde à la même hauteur que moi alors que je le prenais dans mes bras pour lui faire traverser une étendue de sable brûlant. Il me faisait bien rire avec ses grimaces et ses danses désopilantes. Omar, 5 ans, était presque muet avec moi (en fait, il criait continuellement mon nom!), mais se tenait constamment à mes côtés pour m’observer avec ses immenses yeux et son sourire édenté. Adama, Ibrahima et Arona s’amusaient à me faire découvrir leur langage en me faisant participer à leurs discussions au rythme effréné. Leurs rires en chœur sont un autre souvenir impérissable. Rokhaya, 19 ans, a été une et est toujours de mes amies les plus proches. Elle cuisinait des délices pour moi, m’aidait dans chacune de mes tâches, me défendait devant les jeunes un peu moqueurs, s’assurait que je sois heureux à chaque instant et ce, tout en occupant ce rôle de femme de foyer pour aider sa mère. Elle est une jeune femme vaillante et fort intelligente. Tout comme moi, son estomac s’est noué lors de ma dernière semaine dans leur village et elle ne mangeait presque plus, alors qu’elle aurait pu avaler un éléphant en entier auparavant. Comme si ses occupations dans la concession ne l’accaparaient pas assez, elle était également une meneuse dans son village et organisait plusieurs événements au profit des jeunes. J’admire son courage. Ensuite, il y a Bineta, ma ‘grande sœur’ de 20 ans. Celle-ci est mariée à un homme d’une dizaine d’années plus âgé qu’elle et restait avec lui en ville. Cependant, elle était en vacances dans son village natal pendant la majeure partie de mon séjour au Sénégal, donc j’ai pu la rencontrer. Dotée d’une grande sagesse, ainsi que d’un esprit critique et ouvert, elle entretenait avec moi des discussions enflammées et fort intéressantes. Finalement, Abdoulaï, âgé de 23 ans, n’a passé que deux jours à Kissane pendant que j’y étais. Celui-ci travaille en ville et envoie la plus grande partie de son argent à sa famille pour les aider à subsister. Finalement, Seynabou, la mère, travaille au moulin 3 jours par semaine et mène sa vie de mère d’une famille nombreuse à chaque instant. Elle se lève à 5h AM quotidiennement pour préparer des boules de pâtes qu’elle revend ensuite. Djiby, le père et le parrain de l’autre Djiby cité précédemment, passe ses journées entières à la cimenterie pour gagner un maigre salaire. Il arrive à 18h le soir et s’occupe chaleureusement de ses enfants. Ces deux derniers ne peuvent dire qu’une dizaine de mots en français et ne comprennent pas cette langue au parler ou à l’écrit. J’ai donc voulu m’empresser à apprendre le langage de la région où je me trouvais pour communiquer avec eux. Mon oncle Omar (le parrain de mon frère Omar) m’a beaucoup aidé en ce sens. En plus d’être un grand ami, une personne ressource et un partenaire actif de Mer et Monde, il a été mon professeur de Saafi pendant toute la durée de mon séjour. Il me donnait des leçons en échange de cours d’anglais. Je me souviendrai toujours de lui, assis sur sa natte, sous l’arbre à nîmes, tel un sage qui médite. Musulman convaincu et assidu dans sa pratique, celui-ci est tout de même très ouvert d’esprit et curieux. Alors qu’on me demandait de me déclarer célibataire, fiancé ou marié aux gens qui me le demandaient (pour ne pas heurter les convictions de plusieurs Sénéglais), j’ai pu lui parler du concept de ‘blondes’ et de ‘chums’ sans problème, ainsi que de plusieurs autres aspects de la vie proscrits par l’Islam. Il n’y avait aucune question ‘tabou’ et plusieurs de ses questions audacieuses m’ont bien surpris. Après le dernier repas de la journée, vers 20h30, je me rendais parfois chez lui (sa maison est à une dizaine de mètres en face de celle de Seynabou et Djiby) et nous discutions jusqu’aux petites heures du matin, éclairés par la lune et le ciel étoilé. Il a été l’initiateur de plusieurs de mes prises de conscience et m’a parfois ébranlé jusqu’à me remplir les yeux d’eau. Son discours, quelques minutes avant mon départ du village en fin de séjour, m’a tout simplement fait exploser en larmes. Homme réfléchi, engagé, sage et sensible, il est un bon modèle pour moi. Finalement, plusieurs autres visages me viennent à l’esprit lorsque je ressasse les souvenirs de Kissane. Que ce soit le vieux grand-père incapable de marcher mais qui s’implique en tout temps dans sa vie de famille et dans sa communauté, sa sœur aveugle avec qui je discutais en Saafi pendant de bonnes demi-heures, les oncles plus discrets, les tantes hautes en couleurs, la kyrielle d’enfants de la concession dont j’entendais les rires du matin au soir ou les jeunes adultes de mon âge qui vivent une réalité toute autre que la mienne, chaque personne m’a apporté beaucoup et s’est inscrite dans mes mémoires. La famille joue un rôle extrêmement important au Sénégal et on sent rapidement la solidité des liens qui unissent chacun des habitants de ce beau pays. Ils traitent tout le monde – même les étrangers – comme des frères et seraient prêts à tout pour veiller à leur bien-être. Chaque individu est important et il serait honteux pour eux de léser un être humain même dans une situation qui leur serait grandement profitable. Ils agissent ainsi même avec ces personnes majoritairement d’origine française ou libanaise qui dirigent de grandes compagnies qui exploitent leurs ressources pour les exporter ailleurs et ce, sans leur en laisser, comme c’est le cas dans l’industrie du thiof (ou le merou brun), qui est le poisson contenu dans la majorité des plats nationaux. Une bonne leçon d’humanité…!
Pour les curieux, voici quelques explications supplémentaires concernant le Saafi. La langue parlée par tous les Sénégalais, peu importe leur ethnie et la région où ils s’établissent, est le wolof. Tout le monde au Sénégal comprend cette langue. Ensuite, en ce qui concerne le français, seulement les jeunes de plus de 16 ans le comprennent. Les plus vieux ne l’ont pas appris à l’école puisque se scolariser était trop cher à l’époque. Les plus jeunes, quant à eux, n’ont tout simplement pas encore assez d’années d’apprentissage pour le comprendre adéquatement. Résultat : seulement un nombre très restreint de personnes peuvent parler la langue de Molière. Pour ce qui est du Saafi, ce dialecte est propre à une ethnie spécifique du Sénégal. En effet, plusieurs ethnies, tels les Toucouleurs, les Sérères, les Peuls, etc. forment le peuple sénégalais. Parfois, quelques légères altérations de leur aspect physique permettent de les différencier, mais il faut y être habitué. Chez les Sérères, il y a plusieurs sous-catégories, tels les Lala, les Sonson et les Saafi! Chaque sous-catégorie a son propre dialecte. Étonnamment, quelqu’un qui parle le Lala ne parviendra habituellement pas à comprendre une seconde personne qui s’exprime en Saafi, tellement ces dialectes diffèrent. Tous ces dialectes disparates contribuent au fait que chacun d’eux n’est compris que par quelques centaines ou milliers de personnes dans le monde entier. Il en résulte une grande fierté de ses racines langagières et les membres des ethnies préfèrent parler leur propre langage plutôt que le wolof, afin d’en assurer la survie. J’ai donc décidé d’honorer la tradition et d’apprendre les rudiments de la langue Saafi plutôt que le wolof pour communiquer avec mon entourage. Je suis plutôt fier du travail accompli. À la fin de mon séjour, je pouvais communiquer avec assez d’aise en Saafi, bien que je fusse loin de maîtriser ce dialecte. Ce dernier ne ressemble en rien aux langues que j’ai entendues auparavant, d’où la difficulté de l’assimiler. Même au point de vue de la structure de phrase, tout est différent. Bref, le Saafi fut un beau défi. J’essaie maintenant de me le remémorer jusqu’au jour où j’aurai la chance de retourner au Sénégal.
Alors voilà, je sens que je pourrais écrire encore des pages et des pages sur mon expérience au Sénégal, mais je préfère reléguer le reste à l’oral. Si vous vous intéressez à cette expérience que j’ai eu la chance de vivre, n’hésitez pas à m’interroger. C’est avec le plus grand des plaisirs que je tenterai de vous transmettre cette flamme qu’un peuple formidable a allumée en moi au début du mois de mai. J’ai fait imprimer les photos prises là-bas et les ai placées chronologiquement dans un album. Celles-ci constituent d’une certaine manière l’histoire en images de mon séjour. Vous serez surpris de constater que la majeure partie d’entre elles sont des portraits. En effet, mon séjour sénégalais ne relève pas du voyage, mais plutôt d’un échange, d’une implantation temporaire dans un milieu familial ou, pour reprendre un terme plus global, d’un stage de coopération à l’international. Je remercie sincèrement l’organisme Mer et Monde de m’avoir permis de vivre une expérience aussi extraordinaire. Conscients de leur rôle et impliqués non seulement dans leur milieu, mais aussi loin que le Sénégal et le Honduras, les membres de cette chaleureuse équipe m’ont préparé impeccablement afin que je sois dans l’état adéquat pour apprécier mon expérience en terre africaine autant que possible. Si j’ai réussi à m’intégrer aussi bien au sein de ma communauté sénégalaise, c’est en grande partie grâce à eux. Si vous êtes curieux par rapport à Mer et Monde, n’hésitez pas à consulter ce site Web : http://www.monde.ca.
Finalement, on me demande souvent si je voudrais retourner au Sénégal un jour… Je vous laisse deviner la réponse!
Daouda Faye
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