Un point qui ne sera jamais final!

24082008

Tel que je l’avais promis à plusieurs d’entre vous, voici l’article final de ce blog sur mon expérience de vie au Sénégal. On dirait que ce séjour en terre africaine remonte à une autre vie, tellement il s’est passé d’événements depuis mon retour au Québec. En effet, moins d’une dizaine de jours après ce retour, je suis reparti pendant 3 semaines en Asie pour visiter le Japon,
la Chine et
la Thailande, avec un ami de l’université. De Kissane à Tokyo, cette ville si riche et imposante, il semble que j’aie vécu deux extrêmes. Puis, il y a eu cette fameuse rentrée à l’université. Après un an d’année préparatoire au programme de médecine, me voici maintenant qui entame vraiment ce domaine d’études. Après une seule semaine de cours et d’activités d’initiation, je peux vous confirmer que cette année sera fort différente de la dernière en termes de responsabilités et de charge de travail.

 

Pourquoi ai-je tardé autant avant de rédiger cet article? La vérité est que j’attendais d’avoir atteint un certain état d’esprit. Je voulais avoir eu le temps d’assimiler tous ces apprentissages, conscients et inconscients, et en dresser une synthèse qui me servirait de point d’ancrage dans la continuité de ma vie au Québec. Le Sénégal m’a transformé et j’en suis conscient. Cependant, transformation ne rime pas toujours avec différence. On peut être transformé en étant tout simplement convaincu davantage dans ses principes et acquis de conscience. Je crois que c’est précisément ce que j’ai eu la chance de vivre. Une mise au point de mon humanisme, de ma considération de l’autre et de ma compréhension du monde dans lequel nous évoluons. Bien que je réfléchisse sans cesse à mon expérience sénégalaise, je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment fait le point sur celle-ci. J’ai porté cet ‘échec’ – le mot est probablement trop fort mais je suis persuadé que vous en percevez le sens réel – au compte de ma projection immédiate dans un monde complètement autre, celui de l’Asie, quelques jours seulement après le retour à ma réalité pré-Sénégal. Bien que j’aie fort apprécié ce second voyage, j’ai eu l’impression de m’y précipiter alors que je sentais bien qu’il y avait quelque chose d’inaccompli. J’ai donc décidé de mettre mes réflexions en mode ‘pause’ en me jurant qu’elles se continueraient à mon retour au Canada. Cependant, échappant à tout contrôle rationnel, je me suis vu d’emblée confronté à certaines oppositions dans mon fameux rêve d’un monde juste et égal, que ce soit au niveau strictement matériel en percevant la richesse des Tokyoïtes, ou encore au niveau plus viscéral d’une société en apercevant les tristes et jeunes prostituées thaïlandaises aux bras de fiers vieillards étrangers. Malgré tout, même si je suis tout à fait en désaccord par rapport à des comportements comme ce dernier, j’ai compris et assimilé le fait que chaque société se développe comme elle le peut, encastrée dans ce cadre que lui fournissent son Histoire, sa situation géographique et une multitude d’autres facteurs. Chaque société est différente et possède ses vices et ses forces. On ne peut porter de jugement sur celle-ci, quelle qu’elle soit, sans en avoir ressenti les ramifications en son for intérieur et il n’en existe pas une plus avancée ou plus évoluée qu’une autre. Le sens péjoratif utilisé avec idiotie et sans considération de mots tels que ‘barbare’, ‘tribal’ et ‘primitif’ est inadmissible, alors que des concepts dénotant une quelconque supériorité comme ‘l’élitisme’, ‘la haute classe’ ou même ‘l’aristocratie’ ne servent que d’excuse à ces êtres malheureux qui ont le besoin égoïste de se sentir au-dessus de leurs égaux. Avant l’été qui vient de passer, j’aurais pu élaborer de telles pensées puisqu’elles concordent à mon système de valeurs établi à ce moment de mon existence, mais les séjours au Sénégal et en Asie m’en ont fourni une confirmation, l’en ont exemptée de tout doute. Savoir et vivre quelque chose sont deux notions bien différentes dans leur application mais aussi dans leurs répercussions. Le savoir nous permet de percevoir un monde en nous basant sur notre foi en les découvertes, les dires et les idées d’autrui, alors que le vivre nous implique directement dans le processus de connaissance. À moins de croire qu’on a sous-estimé notre imagination, comment peut-on douter d’assimilation d’un concept par nos propres sens et par notre esprit? Bref, je me considère extrêmement chanceux d’avoir pu vivre cette expérience sénégalaise pour mieux comprendre une infime parcelle de l’humanité d’aujourd’hui et d’hier.

 

Donc, encore une fois, bien que j’aie eu du temps pour reconsidérer les apprentissages inculqués à Kissane, je n’ai pas l’impression d’avoir su conclure, d’avoir relégué cette expérience au département des mémoires de mon cerveau.  Mais depuis un moment, une autre idée m’est venue en tête. Et s’il n’y avait pas de trait final à tracer? Et si le Sénégal et ses habitants continuaient de me transformer malgré tout ce que j’ai vécu depuis nos ‘au revoir’? Et si mes acquis sénégalais se réitéraient dans mon quotidien? Je crois mieux comprendre les sages écrits de Michel Corbeil, l’initiateur de l’organisme Mer et monde, qui vont comme suit : ‘[…] on ne revient jamais complètement d’un tel séjour, on ne revient certainement pas tel qu’on était parti.’ Les réminiscences du Sénégal ne sont pas de l’ordre de simples visages qui nous viennent et reviennent à l’esprit. Je pense souvent à mon grand ami Djiby à chaque fois que j’effleure sa bague que je porte à mon doigt, au gigantesque sourire de mon petit frère Omar à chaque fois que j’ouvrais le rideau de ma porte de chambre le matin, à Idrissa losque je conduis une voiture comme il le fait dans son boulot dans la grande ville de Thiès ou encore à Rokhaya, Salimata et Aminata quand j’aperçois quelqu’un aux talents évidents en danse. Mais je ne pensais pas que ces petites scènes spontanées se traduiraient en un tout qui transparaît dans ma manière de penser et dans les actions que je pose et qui en résultent. Voilà comment ces gens si généreux m’ont transformé. Ils m’ont offert leur bagage de vie à travers nos nombreux échanges et j’ai pu en soutirer plusieurs aspects dignes de leur simplicité, de leur grandeur d’âme et de leur dévotion à autrui. Maintenant, c’est à moi de faire rayonner leurs vénérables qualités dans mon milieu d’action et dans mon entourage. Inconsciemment, j’ai signé un contrat qui m’engagerait pour le reste de mes jours dans la dimension de l’être. L’avoir et le paraître sont ici incohérents. Cette différence, sans doute ni vous ni moi ne la percevrons concrètement, puisqu’elle se réalise dans l’inconscient et se révèle à travers l’ensemble de ce que je suis donc, par intérim, de ce que je fais et pense.

 

En pratique, le bilan de mon séjour au Sénégal est positif sur toute la ligne. Mes apprentissages plus concrets sont nombreux. Au point de vue médical, j’ai eu la chance de travailler avec l’infirmière en chef du poste de santé de Kissane, celle-ci m’ayant enseigné une plénitude de choses qui me seront certainement utiles dans mes études en médecine. Ainsi, j’ai pu faire des examens complets en clinique, vacciner des bébés âgés moins de 9 mois, changer des pansements, prendre la pression de plusieurs patients et assister à toutes les consultations. J’ai pu participer à une campagne de déparasitage dans plusieurs villages en distribuant des doses de vitamine C aux enfants de 5 ans et moins et en remettant gratuitement des moustiquaires imprégnées (pour vaincre le paludisme) à ceux-ci, accompagné de courageux agents de santé. J’ai pu prendre part aux stratégies avancées qui consiste à déplacer le personnel de notre poste de santé dans les petites cases de santé moins bien fournies en ressources médicales afin de desservir les habitants de communautés environnantes et de vacciner les enfants qui en font partie. J’ai eu la chance de sentir mon cœur s’emplir de cette sensation indescriptible qui nous comble lorsqu’on tient un nourrisson âgé de quelques heures. J’ai aussi pu connaître l’envers de la médaille en observant des mourants, des enfants aux ventres durs et remplis de vers, des bébés mal nutrits (du vocabulaire sénégalais : bébé n’ayant pas assez de nutriments et dont la vie est en danger) et en prenant connaissance de l’effroyable peur de la maladie qui assaille plusieurs sénégalais, puisque cette dernière est trop souvent synonyme de mort. Grâce à l’initiative des animateurs de Mer et Monde, j’ai même pu faire un stage d’observation d’une journée en bloc opératoire où je me suis promené entre le département de chirurgie orthopédique et celui d’oto-rhino-laryngologie. De plus, mon oncle – qui était agent de santé ambulant – m’a demandé de l’assister lors de la circoncision d’un jeune garçon de 5 ans. Bien que je n’aie pas réussi à rester à ses côtés pour tout le temps de l’opération (les pleurs et cris de l’enfant dont je devais tenir les bras et les mains, combinés à l’atmosphère étouffante et à mon estomac encore vide aussi tôt le matin, ont eu raison de moi), cette expérience marquera mon parcours professionnel. Je suis également heureux d’avoir pu créer et animer un groupe de discussion en éducation sexuelle avec une douzaine de jeunes hommes et de jeunes femmes âgés de 17 à 22 ans. Il a fallu que je travaille beaucoup pour percer la coquille des absolus que la religion islamique leur impose, mais je crois avoir réussi à leur fournir les explications nécessaires pour que moins d’incidents se produisent dans leur vie affective.

 

Bien que le domaine des soins de la santé fut mon principal champ d’action, les gens de mon milieu ont su m’intégrer dans plusieurs des tâches qui peuplent leur quotidien. De cette manière, j’ai appris à cultiver les champs à leur façon. En plusieurs étapes tout aussi éreintantes les unes que les autres, le processus d’agriculture en est un beaucoup plus complexe que je ne l’avais imaginé. Cette activité réalisée la majeure partie du temps avec mes frères, mes cousins et mes oncles sénégalais (et avec les femmes, lors des semences), s’effectuait dans une atmosphère bien spéciale. Qu’est-ce qui rendait ce climat de travail aussi caractéristique? Était-ce le fait de côtoyer ces personnes pour qui les grains de mil qui s’échappaient de leurs doigts usés par le travail représentaient la clé de la survie de leur communauté? Étaient-ce les chants typiques aux longues journées sous le cuisant soleil qu’entonnaient les travailleurs au rythme de leurs outils qui percutaient le sol sec? Étaient-ce nos sueurs qui se mêlaient dans cette terre généreuse au gré d’un travail qui nous unissait? Ou encore était-ce les sentiments d’accomplissement et de fierté qui nous animaient, alors que nous revenions ensemble à la concession, bras autour des épaules de chacun? Je ne saurais le dire. Cependant, j’aurai cette image d’ardents artisans de la terre gravée en mémoire pour le reste de ma vie. Donnez-moi un are de terrain fertile et les conditions appropriées et je saurai vous en faire sortir du mil blanc, du mil brun, des cacahuètes, du bissap, des bananiers et des manguiers à profusion! Finalement, je me suis vu attribuer plusieurs autres petites tâches, telles que l’aide aux devoirs des plus jeunes, la préparation aux examens des plus vieux, la construction de la base d’une hutte, l’élaboration de clôtures en tiges de mil, la déconstruction d’un toit, la préparation de quelques plats sénégalais, le lavage ‘à la sénégalaise’ de mes vêtements et de ceux de la famille, la création de pancartes de sensibilisation en santé, la mise sur pied d’activités de causerie en prévention médicale et j’en passe. À chaque fois que je le voulais, je pouvais trouver une nouvelle tâche à réaliser à quelques mètres d’où je me trouvais. Les Sénégalais n’arrêtent jamais de travailler!

 

Ce que je considère comme l’aspect le plus enrichissant de mon séjour au Sénégal, cependant, c’est ma vie en famille d’accueil. Au cœur d’une famille de 8 enfants, Seynabou et Djiby (mes parents sénégalais) m’ont traité comme l’un de leurs enfants. Ceci implique autant les bons repas de cette mère que ses claques en arrière de la tête! Je vous conterai cette anecdote de la claque avec plaisir si vous me le demandez! Chacun des enfants m’ont traité comme un frère, à leur façon. J’ai eu l’extrême chance d’assister aux premiers pas du cadet, Babacar, qui avait 1 an et demi. Celui-ci m’appelait à répétition par mon nom africain : Daouda. Il aimait bien voir le monde à la même hauteur que moi alors que je le prenais dans mes bras pour lui faire traverser une étendue de sable brûlant. Il me faisait bien rire avec ses grimaces et ses danses désopilantes. Omar, 5 ans, était presque muet avec moi (en fait, il criait continuellement mon nom!), mais se tenait constamment à mes côtés pour m’observer avec ses immenses yeux et son sourire édenté. Adama, Ibrahima et Arona s’amusaient à me faire découvrir leur langage en me faisant participer à leurs discussions au rythme effréné. Leurs rires en chœur sont un autre souvenir impérissable. Rokhaya, 19 ans, a été une et est toujours de mes amies les plus proches. Elle cuisinait des délices pour moi, m’aidait dans chacune de mes tâches, me défendait devant les jeunes un peu moqueurs, s’assurait que je sois heureux à chaque instant et ce, tout en occupant ce rôle de femme de foyer pour aider sa mère. Elle est une jeune femme vaillante et fort intelligente. Tout comme moi, son estomac s’est noué lors de ma dernière semaine dans leur village et elle ne mangeait presque plus, alors qu’elle aurait pu avaler un éléphant en entier auparavant. Comme si ses occupations dans la concession ne l’accaparaient pas assez, elle était également une meneuse dans son village et organisait plusieurs événements au profit des jeunes. J’admire son courage. Ensuite, il y a Bineta, ma ‘grande sœur’ de 20 ans. Celle-ci est mariée à un homme d’une dizaine d’années plus âgé qu’elle et restait avec lui en ville. Cependant, elle était en vacances dans son village natal pendant la majeure partie de mon séjour au Sénégal, donc j’ai pu la rencontrer. Dotée d’une grande sagesse, ainsi que d’un esprit critique et ouvert, elle entretenait avec moi des discussions enflammées et fort intéressantes. Finalement, Abdoulaï, âgé de 23 ans, n’a passé que deux jours à Kissane pendant que j’y étais. Celui-ci travaille en ville et envoie la plus grande partie de son argent à sa famille pour les aider à subsister. Finalement, Seynabou, la mère, travaille au moulin 3 jours par semaine et mène sa vie de mère d’une famille nombreuse à chaque instant. Elle se lève à 5h AM quotidiennement pour préparer des boules de pâtes qu’elle revend ensuite. Djiby, le père et le parrain de l’autre Djiby cité précédemment, passe ses journées entières à la cimenterie pour gagner un maigre salaire. Il arrive à 18h le soir et s’occupe chaleureusement de ses enfants. Ces deux derniers ne peuvent dire qu’une dizaine de mots en français et ne comprennent pas cette langue au parler ou à l’écrit. J’ai donc voulu m’empresser à apprendre le langage de la région où je me trouvais pour communiquer avec eux. Mon oncle Omar (le parrain de mon frère Omar) m’a beaucoup aidé en ce sens. En plus d’être un grand ami, une personne ressource et un partenaire actif de Mer et Monde, il a été mon professeur de Saafi pendant toute la durée de mon séjour. Il me donnait des leçons en échange de cours d’anglais. Je me souviendrai toujours de lui, assis sur sa natte, sous l’arbre à nîmes, tel un sage qui médite. Musulman convaincu et assidu dans sa pratique, celui-ci est tout de même très ouvert d’esprit et curieux. Alors qu’on me demandait de me déclarer célibataire, fiancé ou marié aux gens qui me le demandaient (pour ne pas heurter les convictions de plusieurs Sénéglais), j’ai pu lui parler du concept de ‘blondes’ et de ‘chums’ sans problème, ainsi que de plusieurs autres aspects de la vie proscrits par l’Islam. Il n’y avait aucune question ‘tabou’ et plusieurs de ses questions audacieuses m’ont bien surpris. Après le dernier repas de la journée, vers 20h30, je me rendais parfois chez lui (sa maison est à une dizaine de mètres en face de celle de Seynabou et Djiby) et nous discutions jusqu’aux petites heures du matin, éclairés par la lune et le ciel étoilé. Il a été l’initiateur de plusieurs de mes prises de conscience et m’a parfois ébranlé jusqu’à me remplir les yeux d’eau. Son discours, quelques minutes avant mon départ du village en fin de séjour, m’a tout simplement fait exploser en larmes. Homme réfléchi, engagé, sage et sensible, il est un bon modèle pour moi. Finalement, plusieurs autres visages me viennent à l’esprit lorsque je ressasse les souvenirs de Kissane. Que ce soit le vieux grand-père incapable de marcher mais qui s’implique en tout temps dans sa vie de famille et dans sa communauté, sa sœur aveugle avec qui je discutais en Saafi pendant de bonnes demi-heures, les oncles plus discrets, les tantes hautes en couleurs, la kyrielle d’enfants de la concession dont j’entendais les rires du matin au soir ou les jeunes adultes de mon âge qui vivent une réalité toute autre que la mienne, chaque personne m’a apporté beaucoup et s’est inscrite dans mes mémoires. La famille joue un rôle extrêmement important au Sénégal et on sent rapidement la solidité des liens qui unissent chacun des habitants de ce beau pays. Ils traitent tout le monde – même les étrangers – comme des frères et seraient prêts à tout pour veiller à leur bien-être. Chaque individu est important et il serait honteux pour eux de léser un être humain même dans une situation qui leur serait grandement profitable. Ils agissent ainsi même avec ces personnes majoritairement d’origine française ou libanaise qui dirigent de grandes compagnies qui exploitent leurs ressources pour les exporter ailleurs et ce, sans leur en laisser, comme c’est le cas dans l’industrie du thiof (ou le merou brun), qui est le poisson contenu dans la majorité des plats nationaux. Une bonne leçon d’humanité…!

 

Pour les curieux, voici quelques explications supplémentaires concernant le Saafi. La langue parlée par tous les Sénégalais, peu importe leur ethnie et la région où ils s’établissent, est le wolof. Tout le monde au Sénégal comprend cette langue. Ensuite, en ce qui concerne le français, seulement les jeunes de plus de 16 ans le comprennent. Les plus vieux ne l’ont pas appris à l’école puisque se scolariser était trop cher à l’époque. Les plus jeunes, quant à eux, n’ont tout simplement pas encore assez d’années d’apprentissage pour le comprendre adéquatement. Résultat : seulement un nombre très restreint de personnes peuvent parler la langue de Molière. Pour ce qui est du Saafi, ce dialecte est propre à une ethnie spécifique du Sénégal. En effet, plusieurs ethnies, tels les Toucouleurs, les Sérères, les Peuls, etc. forment le peuple sénégalais. Parfois, quelques légères altérations de leur aspect physique permettent de les différencier, mais il faut y être habitué. Chez les Sérères, il y a plusieurs sous-catégories, tels les Lala, les Sonson et les Saafi! Chaque sous-catégorie a son propre dialecte. Étonnamment, quelqu’un qui parle le Lala ne parviendra habituellement pas à comprendre une seconde personne qui s’exprime en Saafi, tellement ces dialectes diffèrent. Tous ces dialectes disparates contribuent au fait que chacun d’eux n’est compris que par quelques centaines ou milliers de personnes dans le monde entier. Il en résulte une grande fierté de ses racines langagières et les membres des ethnies préfèrent parler leur propre langage plutôt que le wolof, afin d’en assurer la survie. J’ai donc décidé d’honorer la tradition et d’apprendre les rudiments de la langue Saafi plutôt que le wolof pour communiquer avec mon entourage. Je suis plutôt fier du travail accompli. À la fin de mon séjour, je pouvais communiquer avec assez d’aise en Saafi, bien que je fusse loin de maîtriser ce dialecte. Ce dernier ne ressemble en rien aux langues que j’ai entendues auparavant, d’où la difficulté de l’assimiler. Même au point de vue de la structure de phrase, tout est différent. Bref, le Saafi fut un beau défi. J’essaie maintenant de me le remémorer jusqu’au jour où j’aurai la chance de retourner au Sénégal.

 

Alors voilà, je sens que je pourrais écrire encore des pages et des pages sur mon expérience au Sénégal, mais je préfère reléguer le reste à l’oral. Si vous vous intéressez à cette expérience que j’ai eu la chance de vivre, n’hésitez pas à m’interroger. C’est avec le plus grand des plaisirs que je tenterai de vous transmettre cette flamme qu’un peuple formidable a allumée en moi au début du mois de mai. J’ai fait imprimer les photos prises là-bas et les ai placées chronologiquement dans un album. Celles-ci constituent d’une certaine manière l’histoire en images de mon séjour. Vous serez surpris de constater que la majeure partie d’entre elles sont des portraits. En effet, mon séjour sénégalais ne relève pas du voyage, mais plutôt d’un échange, d’une implantation temporaire dans un milieu familial ou, pour reprendre un terme plus global, d’un stage de coopération à l’international. Je remercie sincèrement l’organisme Mer et Monde de m’avoir permis de vivre une expérience aussi extraordinaire. Conscients de leur rôle et impliqués non seulement dans leur milieu, mais aussi loin que le Sénégal et le Honduras, les membres de cette chaleureuse équipe m’ont préparé impeccablement afin que je sois dans l’état adéquat pour apprécier mon expérience en terre africaine autant que possible. Si j’ai réussi à m’intégrer aussi bien au sein de ma communauté sénégalaise, c’est en grande partie grâce à eux. Si vous êtes curieux par rapport à Mer et Monde, n’hésitez pas à consulter ce site Web : http://www.monde.ca.

 

Finalement, on me demande souvent si je voudrais retourner au Sénégal un jour… Je vous laisse deviner la réponse!

 

 Daouda Faye




Les derniers milles a parcourir… et encore tant a vivre!

21062008

Bonjour a tous,

 Me revoila a Thies pour vous donner des nouvelles. Ce sera probablement la derniere fois que je pourrai le faire alors que je serai en Afrique, puisque je veux prendre tout le temps qui m est offert pour vivre dans ma belle petite concession villageoise.

 Donc, tout va extremement bien ici. Je me rends compte que les amities que je forge s averent tres solides et qu il me sera assez difficile de dire au revoir dans quelques semaines. Dans le cadre du projet de sensibilisation du stage de medecine, j ai eu la chance de visiter les villages et quartiers des environs. Je commence a me debrouiller tres bien en Saafi, meme si je ne suis pas le plus grand moulin a paroles. Je prefere etre un peu plus discret et ecouter les conversations des gens qui m entourent. Cependant, ils savent tous que je comprend ce qu ils disent, maintenant, puisque j ai voulu repondre a certaines taquineries qu ils me faisaient dans leur propre langue. Les personnes avec qui je converse ici sont tres differentes les unes des autres, mais je passe beaucoup de temps avec une dizaine de garcons et de filles de mon age, afin de capter l essentiel des differences dans nos developpements et les realites que nous partageons.

 Je ne sais pas trop quoi ecrire, puisque j en aurais pour une eternite a vous raconter diverses anecdotes, mais je vais essayer d en ressortir quelques-unes. De toute facon, j ecris toutes les situations qui me marquent et qui me font reflechir dans un journal de bord. Je dois deja avoir rempli plus de 150 pages.. alos je vous preterai ca! Mais bon.. La saison seche termine dans les jours qui vient et les pluies abondantes s en viennent.. avec tous les jolis insectes! (Je vois le degre de stress de ma mere augmenter d un petit cran ici..) Nous avons deja vu deux petites pluies… par petites, j entends le genre de pluies que nous avons au Quebec. Lorsqu il commencera a pleuvoir pour de vrai, il y aura assew d eau qui tombera en quelques minutes pour ensevelir tous les champs sous une couche d eau de plusieurs centimetres. J ai vraiment hate de voir ca. Sinon, je vis encore tout plein de bons moments avec les petits enfants, les adolescents et les plus vieux. Je soigne des bobos a gauche et a droite. Je pense que ce que je trouve le plus difficile ici sont les prises de conscience. Celles-ci sont tres dures a accepter.. et il ne faut pas faire la gaffe de tout se mettre sur les epaules. C est ce que j ai fait dans la semaine derniere et celle-ci s est averee un peu plus difficile a traverser. Mais maintenant, je sais capter tout l espoir qui fait vivre et sourire ces courageux Senegalais. J espere pouvoir avoir leur cran et leur force de vivre un jour. C est epatant comme ils sont fiers et bons.

Je dois deja vous laisser, mes chers amis, mais n hesitez pas a m ecrire des courriels! Meme si je ne reponds pas souvent, je les lis tous avant d ecrire mon article sur ce blog!

 Prenez soin de vous.. je vous aime!

 

dM 




Salam Aleikoum … des bribes de mon rêve sénégalais

24052008

Bonjour a tous!

 

Tout d'abord, je suis desole si cet article est plutot court et qu'il ne comporte pas d'accents… Je vous en avais ecrit un long et interessant, mais le courant a coupe ici et j'ai tout perdu. Il y a une greve generale qui sevit depuis quelques jours parce que les Senegalais sont fatigues de voir le cout de la vie augmenter au meme rythme que le salaire des militaires, des policiers et des hommes du gouvernement, alors que presque rien n'est investi en education. Le president Wade qui dirige le pays depuis plusieurs annees deja (et qui a 96 ans!!!) prend des airs de dictateur et les citoyens du pays n'aiment pas cela!

 

Alors voila, je suis presentement a Thies, une tres grande ville du Senegal. J'aurai fait pres d'une heure et demie de transport pour vous donner quelques petites nouvelles et pour en rassurer quelques-uns. C'etait vraiment genial, j'ai pris un clando pour venir ici. Il s'agit d'un espece de mini-car pour 15 personnes dans lequel il faut sauter par une porte a l'arriere pour embarquer. Cependant, vu que nous sommes des toubabs (des Blancs), tout le monde fait beaucoup attention a nous et le car s'est arrete. Les Senegalais sont extremement sympathiques, en ville comme dans les villages!

 

Comme vous le savez deja, je suis dans ma famille d'accueil depuis le 11 mai. J'ai 7 freres et soeurs ici, et j'habite dans une concession ou les freres de mon pere (Djiby Faye) resident egalement, avec leurs 5,6,7 enfants et plus. Je suis donc entoure de petits bouts de choux, d'ados et d'adultes. Je peux echanger avec eux et apprendre enormement sur le Senegal, ses grands moments, ses habitants, ses problemes, sa religion predominante (l'Islam), sur le village de Kissane meme, etc. Au poste de sante, tout va bien. J'ai deja administre plusieurs vaccins aux bebes aui viennent recevoir leur traitement le samedi. Pendant la semaine, j'assiste aux consultations et aide Coumba, l'infirmiere en chef du poste de sante de mon village, a poser ses diagnostics en fonction des symptomes des patients. Je crois que ce stage me sera tres benefique pour mes etudes en medecine! J'aide egalement dans le village, que ce soit en aidant les plus jeunes a apprendre le francais ou les plus vieux dans leurs exercices de mathematiques et d'anglais. J'ai egalement aide a construire une palissage, une cloture en tiges de mil. Je commencerai les travaux au champ demain matin tres tot. Je vais donc me coucher tout de suite apres le dernier repas, ce soir! Mes soirees sont tout simplement magiques. Je mange du couscous tous les soirs dans un grand bol depose par terre, avec les autres hommes et adolescents de la concession. Puis, je vais jouer un peu avec les enfants en les faisant embarquer sur mon dos et en courant, en faisant du saut en longueur, en jouant a cache-cache, etc. Finalement, je retourne dans l'antre de la maison ou plein de gens (surtout des tout petits!)  viennent s'etendre ou s'asseoir et discuter. Parfois, ils chantent des chansons et je chante avec eux. Je ne vois pas leur visage a cause de l'obscurite… Il n'y a pas d'electricite dans mon village, alors il n'y a que quelques lampes de poche suspendues qui eclairent peu. Je ne vois que leur sourire et le blanc de leurs yeux. C'est tres comique! Toutes ces soirees vont rester gravees dans ma memoire pour le reste de ma vie…

 

Finalement, j'apprends le Saafi, un dialecte africain parle par seulement quelques milliers de personnes dans le monde et qui ne ressemble aucunement au francais.

 

Je dois vraiment quitter, puisqu'il reste a peine une minute a ma connnection internet, mais je promets que je vous donnerai des nouvelles des que possible; Prenez soin de vous! Je vous aime!!!




Mon arrivee a Dakar et plus encore…!

8052008

Bonjour a tous,

 Tout d'abord, je m'excuse déjà aux anglophones qui me lisent, mais ça me prend tellement de temps pour écrire sur ce clavier étrange que je n'aurai probablement pas le temps de traduire ce texte. Bref, si vous êtes bilingues et côtoyez un ani exclusivement anglophone aui aimerait avoir de mes nouvelles (je pense ici à Kerri et John ou Anita, entre autres), je vous prierais de résumer ceci pour eux. Merci infiniment! Alors, j'ai enfin pu me libérer un peu et prendre le temps de vous écrire un court article pour vous raconter comment tout est si génial ici. Tout d'abord, mon arrivée s'est plutôt bien passée, mis a part le fait que je ne trouvais plus mon gros sac a dos, seul bagage que j'ai apporté ici. Finalement, celui-ci s'était retrouvé dans un dépôt pour bagages perdus, je n'ai jamais su pourquoi. Dès que j'ai réussi à faire échanger mes Euros pour des Francs CFA - la devise monétaire du Sénégal - Bakar, le responsable Mer et Monde qui devait s'occuper de mon intégration à Dakar, est arrivé avec son grand et chaleureux sourire dont la blancheur détonnait énormément. J'ai ensuite rencontré Pierre, un autre Sénégalais travaillant pour Mer et Monde. Je dois vous avouer que j'étais plutôt fatigué, d'autant plus que la température s'élevait à environ 28°C (et il faisait nuit!!). Dès que nous sommes arrivés dans la grande van qui devait me déposer à l'endroit où je couchais, Bakar m'a expliqué ce que je ferais au Sénégal. Je vous rappelle que je n'en avais qu'une vague idée. C'est donc avec surprise que j'ai appris que je joindrais un groupe de 11 étudiants en médecine de l'université Laval qui faisaient leur stage en médecine tropicale (ou médecine internationale). Ceux-ci arrivaient deux heures plus tard dans la capitale avec un avion de Royal Air Maroc. Bizarrement, leur stage débutait la journée où j'arrivais au Sénégal et se terminait une journée après mon départ. Quel heureux hasard! Ma principale tâche ici sera donc d'ordre médical, chose que je n'aurais jamais crue réalisable.  Je me joins donc à eux pour une semaine de formation médicale à Dakar et dans ses environs, puis je partirai dimanche prochain pour aller habiter dans ma famille d'accueil à Kissane, un village dans la communauté rurale de Notto Diebasse, dans le département de Thiès, à l'est de Dakar. Il s'agit d'un village sérère (c'est une des langues nationales du Sénégal) et j'habiterai dans une famille musulmane dont les enfants les plus jeunes vont à une école du village et savent communiquer en français. Ceux-ci agiront sûrement comme les intermédiaires linguistiques entre moi et le reste de la famille. Pendant une certaine période de la journée, j'assisterai l'infirmier en chef du poste de santé où je me trouverai et pourrai participer à certaines manoeuvres. Dans mes temps libres, je pourrai m'impliquer dans la communauté à travers divers projets (dont l'agriculture, entre autres) et passerai beaucoup de temps avec ma famille sénégalaise. Les 11 étudiants de l'université Laval et moi sommes séparés dans 6 villages. Geneviève et moi serons donc les seuls toubabs (c'est ainsi que les personnes à la peau blanche se font appeler ici) du village. Nous travaillerons ensemble au poste de santé et ferons notre projet de sensibilisation à la communauté ensemble. Nous devons choisir un des thèmes suivants sur lequel nous devrons nous concentrer: paludisme, allaitement des bébés, maladies diarrhéiques (on appelle ça “maladies aux mains brunes” ici), tuberculose et hypertension (eh oui, les Sénégalais ne mangent pas beaucoup, mais ce qu'ils mangent est très gras et salé). Nous ferons plusieurs présentations dans nos communautés. Présentement, je suis dans ma semaine de formation à Dakar. Nous assistons donc à plusieurs exposés sur divers aspects du système de santé du pays et visitons une multitude d'endroits. Surprise! Notre première visite était à l'Institut de Pédiatrie Sociale de Pikine… tout un hasard! On dirait que j'étais prédestiné à cette formation! Nous avons également rencontré des infirmiers, des pharmaciens, des techniciens sanitaires, le médecin qui supervise notre stage, etc. Nous irons dans 30 minutes à un centre de soins pour lépreux et nous visiterons un centre de réadaptation physique, demain. Malheureusement, je dois quitter le poste informatique dans quelques minutes, mais je voulais simplement vous informer de la nouvelle tournure de mon fameux stage et vous dire que je suis parfaitement heureux, ici; au Sénégal. Ces chers Africains ont tant à donner! N'hésitez pas à me donner de vos nouvelles ou à écrire des commentaires! Bonne journée à tous!




Transfert a Paris - Transfer in Paris

5052008

Bonjour a tous!

 Me voila deja de l'autre cote de l'ocean, a Paris! J'ai un transfert ici et dois rester dans l'aeroport Charles-de-Gaulle pendant un bon 7 heures! Je n'ose pas sortir de l'aeroport puisque, connaissant ma chance, je me serais perdu et ne serais pas revenu a l'aeroport a temps. La preuve de ma malchance : il y a eu une erreur de communication entre deux personnes d'Air France et il y avait seulement une personne dont le siege qu'on avait assigne n'existait pas. Devinez qui etait cette personne! Finalement, la petite dame au fort accent francais m'a trouve un autre endroit pour m'asseoir, dans le fin fond de l'avion. Au moins elle n'est pas tombee sur un client trop stresse, j'ai pris le tout avec un grain de sel!

 L'attente a l'aeroport passe plutot vite, puisque je reussis a faire des petites siestes d'une heure. Cependant, je crois que je ne recommencerai pas parce que j'ai peur de passer tout droit! Cette petite escale a Paris me donne vraiment envie de revenir en France pour visiter. Ce sera pour une autre aventure! En attendant, je me contente des vues que j'ai a partir des grandes fenetres de la salle d'attente. Bon allez, je retourne a ma porte d'embarquement, ils vont commencer a faire entrer les gens dans une dizaine de minutes! Pardonnez la petitesse de cet article, ce n'est que partie remise! Bonne journee a tous :)

 

Here I am, already on the other side of the see, in Paris! I'm having a transfer here and must stay at the Charles-de-Gaulle airport for 7 hours! I won't risk going outside because, as I know myself, I would get lost and would not come back to the airport in time. A proof of my unluckiness : there was an error made in the communications between deux Air France employees and there was only one person whose assignated seat did not exist. Guess who was that person! Finally, the little lady with a strong French accent found another seat for me to sit on, in the very back of the plane. At least, she did not have to deal with a stressed customer, I took it quite easy and preferred laughing!

 

Time I spend on waiting at the airport flies pretty fast, since I'm able to take some one-hour-long naps. However, I think I won't try again, because I'm afraid to miss the boarding! This short stay in Paris really makes me want to come back to France and visit. This is gonna be another adventure! Meanwhile, I appreciate the view I have from the big windows that surround the waiting room. Okay, I have to go back to my boarding gate, they will start making people entering in ten minutes! Sorry for the shortness of this article.. the next ones will be way better! Have a good day :)




Plus que quelques jours avant le départ…

1052008

Bonjour à vous tous!

       Le ventre déjà plein de papillons, c'est avec joie que je vous annonce la création de ce blog. Bien que je ne sois pas très familier avec ce concept de journal électronique, j'ai tenté d'ajuster tous les paramètres afin de simplifier au maximum  votre accès à ce site et aux articles. Si vous avez des suggestions pour améliorer celui-ci, n'hésitez pas à me les faire savoir!

       Voici un petit blitz d'information pour ceux qui en connaissent moins sur mon projet… Je bâtis celui-ci depuis fin décembre 2007 en collaboration avec Mer et Monde. En fait, j'agirai en tant que stagiaire au Sénégal. J'ai placé un lien sur ce blog pouvant vous mener à leur site Internet, si vous voulez en savoir plus sur eux. La FCBM, une fondation extraordinaire qui m'aide financièrement et personnellement dans mes études universitaires et dans mon implication communautaire finance ce projet et me fournit un appui important. Puisque certains membres y oeuvrant me lisent en ce moment, je tenais à souligner leur apport significatif qui, soit dit en passant, est fort apprécié. Donc, pourquoi Mer et Monde? Je crois que j'ai surtout accroché sur leur vision de la coopération internationale. Ils ne suivent pas la mode de ces initiatives de développement 'à l'occidentale' où des groupes de bénévoles vont construire un édifice sans en assurer la pérennité. Ils ne créent pas de besoin non plus. Ils tentent plutôt d'apporter un support aux initiatives sénégalaises. Donc, j'apporterai mon aide à un organisme qui a été créé par des Sénégalais, après que ceux-ci aient identifié eux-mêmes un besoin dans leur communauté et tenté de trouver un moyen d'y remédier. Mer et Monde tente également d'encourager les initiatives communautaires. Bref, tout fonctionne selon la manière de procéder des gens du milieu. Aussi, l'organisme mise beaucoup sur l'échange interculturel. J'habiterai donc pendant les 11 semaines de mon stage dans une famille de la communauté où j'oeuvrerai. Je ne dois pas donner de cadeaux à mon arrivée, ni prendre de photos pendant quelques semaines, ni voyager sans ma famille d'accueil pendant les fins de semaines. Plusieurs conditions du genre doivent être respectées afin que je ne sois pas considéré comme un touriste et pour que mon intégration dans le milieu se fasse le plus complètement et rapidement possible. Voici donc un bref aperçu de ce dans quoi je plongerai très bientôt. Vous aurez la chance d'en apprendre davantage à travers mes récits.

        Alors voilà, je peux maintenant compter sur une seule main le nombre de jours avant mon départ au Sénégal. Comme plusieurs d'entre vous le savez déjà, ce projet d'été constitue un rêve que j'entretiens depuis une multitude d'années. En fait, ma volonté à réaliser un stage en coopération internationale a germé dans ma tête lors de mes premières années au sein du groupe Jeunes du Monde de mon école secondaire. Cinq ans plus tard, me voilà, billets d'avion en main et le coeur gros, prêt à partir pour l'Afrique chaleureuse et immaculée. Je dois vous avouer que le stress qui a commencé à m'envahir quelque peu n'est rien comparé à l'immense bonheur qui m'habite. Les formations que j'ai suivies en préparation à ce voyage m'ont fait comprendre que je reviendrais transformé de ce séjour sénégalais. Comme j'ai si souvent entendu : on ne revient jamais complètement de l'Afrique. Dans mon esprit, il ne s'agit en fait que d'une étape de plus dans mon cheminement vers une conscience davantage humaniste. Certains de mes principes se confirmeront, alors que d'autres se modifieront. La vie en communauté poussée à l'extrême me permettra de distinguer encore plus clairement l'exceptionnelle valeur des relations interpersonnelles. La rareté - sinon l'absence - de toute richesse strictement matérielle ravivra des questionnements quant à la nécessité de notre cher confort nord-américain. La conception du temps au ralenti me permettra enfin de  respirer et de me reposer. Bref, je pars bel et bien pour donner un coup de main aux Sénégalais, mais ces semaines en terre africaine me sera probablement très bénéfique. En ce moment de mon existence où les événements importants déboulent un après l'autre et où ma vie d'adulte commence à se fixer de plus en plus, j'avais besoin d'un tel instant pour me retirer et considérer tout cela avec une certaine distance. À mon retour, je serai plus que prêt pour me lancer dans ces nombreuses années d'étude en médecine avec de nouvelles cordes à mon arc qui profiteront sans doute à mon expertise médicale. Dans ce monde où l'électronique s'impose et brise les relations interpersonnelles, où la compétition nous bouscule sans cesse, où le temps a perdu pied et est resté bloqué en mode accéléré, où la vie sans cellulaire ni Internet relève de l'ermitage, l'humanisme devient un idéal et un réel défi. L'Afrique saura sans doute m'imprégner profondément de celui-ci et me donnera plusieurs leçons de vie. Comme vous le constatez, je suis prêt à tout avec ce voyage. Pour l'instant, je finalise les derniers préparatifs et je m'apprête à plonger dans l'inconnu sans repères.

        J'espère que vous pourrez vivre un peu de ce voyage avec moi par ce blog et que celui-ci vous incitera à questionner vos acquis de pensées et vos principes. C'est incroyable de réaliser que le système de valeurs qui forme la base de nos raisonnements peut être totalement différent chez d'autres êtres humains… et il semble que les implications concrètes de ce système soient tellement semblables chez les individus d'une même communauté qu'il devient impossible pour eux d'imaginer qu'absolument tout peut être différent ailleurs… ou plutôt, différent et possiblement mieux. Le principal danger à notre émancipation est cette fermeture d'esprit. Cette réflexion évoque chez moi certaines interrogations qui ont émergé lors des formations pour ce projet au Sénégal. Je vous lance ainsi quelques questions: Qu'est-ce que la pauvreté? Est-ce essentiellement matériel? Si vous répondez que la pauvreté est un manque des besoins essentiels d'un individu, y incluez-vous le bonheur? Après tout, une carence en celui-ci peut mener à la perte de quelqu'un… Donc, en prenant pour acquis que le bonheur est essentiel, seriez-vous encore porté à croire que l'Afrique est synonyme de pauvreté? Je suis certain que j'y verrai plus de sourires quotidiennement que dans les rues de Montréal… Toujours dans cette perspective, et si finalement l'Afrique était riche et l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie pauvres? Est-ce qu'une relation avec votre ordinateur vous apporte autant de bonheur qu'une relation avec un être cher? Est-ce que développement industriel implique nécessairement une augmentation de l'indice de bonheur d'une population? Est-ce que l'Amérique du Nord est vraiment un modèle à suivre pour l'Afrique? Il est fort intéressant d'inverser les rôles, parfois. Alors voilà, bonne réflexion!

       N'hésitez pas à écrire des commentaires aux articles. C'est avec grand plaisir que je les lirai. Profitez-en également pour me donner de vos nouvelles! Je ne promets pas que j'aurai le temps de répondre à tous, mais je vous assure que je lirai tout. J'aurai une pensée pour vous, même à plusieurs milliers de kilomètres de distance. Vous pouvez également m'écrire des courriels à cette adresse : dm_tennisman@hotmail.com. Encore une fois, je ne répondrai probablement pas rapidement. Pardonnez cela!

       Il est maintenant temps de terminer mes préparatifs… Je vous souhaite à tous un merveilleux été rempli de repos, de petits moments simples et heureux, ainsi que beaucoup de soleil! Je vous promets que je vous reviendrai avec des tonnes d'histoires abracadabrantes à raconter et tout plein de photos à montrer. Maintenant, Sénégal, me voilà!